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Adèle GuillaumeCoupe du monde en Afrique du Sud : Carton jaune pour le VIH/Sida !
L’Afrique du Sud reçoit la Coupe du monde de football pour son édition 2010. Jacob Zuma, le président de la nation arc-en ciel, a décidé de profiter de cette occasion pour relancer une grande campagne de prévention. Mais l’Afrique du Sud aura-t-elle les moyens d’offrir un traitement de qualité à tous les nouveaux malades dépistés ?
Par Adèle Guillaume, étudiante en Master 120 en sciences politiques, orientation relations internationales à l’UCL. L’Afrique du Sud reçoit la Coupe du monde de football pour son édition 2010. Cet événement est considéré par le gouvernement et sa population, comme le plus important depuis 1994, date de la fin de l’apartheid. Cette Coupe de football sera bien plus qu’un événement sportif car le président Jacob Zuma a décidé de profiter de cette occasion pour relancer la lutte contre le fléau que représente le sida. En effet, le président sud-africain espère provoquer un électrochoc dans sa population, grâce à une grande campagne de prévention durant la Coupe du monde.
L’Afrique du Sud est le pays possédant le PIB le plus haut du continent africain mais sa population, la nation arc en ciel, est également la plus touchée par le VIH/Sida. On estime que plus de 5,7 millions de personnes y vivent actuellement avec cette maladie (17% du total mondial) et que 350 000 personnes en seraient décédées l’année dernière.
1 milliard de préservatifs
Cette campagne de grande envergure sensibilisera les supporters quant à la question du sida et fournira jusqu’à 1 milliard de préservatifs. Après quoi, l’Afrique du Sud espère que 1/3 de la population, c’est-à-dire 15 millions de personnes, fassent le pas et se fassent dépister. C’est un objectif ambitieux car, en 2009, seuls 2,5 millions de personnes avaient fait un test de dépistage VIH. Pour les y inciter, le président sud-africain, en personne, a passé un test VIH et a annoncé publiquement son statut de séronégatif.
Cette vaste campagne de sensibilisation vise donc à dépister les séropositifs qui s’ignorent encore, dans le but de leur fournir un traitement au plus vite et de limiter le nombre de nouvelles infections. Par ailleurs, cette campagne vise aussi à mettre hors jeu un certain nombre de mythes et d’idées qui poussent les gens à avoir des comportements à risque, encore aujourd’hui. En effet, de nombreuses personnes pensent encore que lorsqu’un individu est contaminé, il existe un moyen de se débarrasser du virus : avoir une relation sexuelle avec une personne séronégative ou une jeune fille vierge. Les filles sont également victimes des « papas gâteaux », des hommes plus âgés qui leur offrent des cadeaux en échange de rapports sexuels.
Une explosion dans le trafic de drogues et dans la prostitution
Lancer une gigantesque campagne de sensibilisation lors de la Coupe du monde de football est un choix judicieux. En effet, cet événement sportif entraînera une forte mobilisation de la part de la population sud-africaine, permettant aux messages de sensibilisation d’atteindre rapidement un plus large public. En plus de cela, la Coupe de football va attirer du monde et risque de provoquer une explosion dans le trafic de drogues et dans la prostitution. On estime que 40 000 prostituées vont débarquer pour l’occasion et sur les 50 000 supporters qui seront présents, on sait que la plupart seront des hommes.
Cela s’accompagnera sans aucun doute d’une augmentation des comportements à risque quant au sida. Mais ces risques ne se limitent pas à l’Afrique du Sud car le football est un sport très populaire et la Coupe suscitera un intérêt important dans de nombreux pays du monde. C’est pour cette raison que de nombreuses initiatives ont vu le jour dans d’autres pays, pour offrir aux supporters des informations et des conseils sur le VIH/Sida.
La contribution de la société civile sudafricaine
A travers l’événement que représente la Coupe mondiale, le président Zuma désire montrer « la nouvelle Afrique du Sud ». Il souhaite présenter son pays comme une nation qui se prépare pour son avenir, notamment en s’engageant dans la lutte contre le sida. Malheureusement, ce combat n’a pas toujours été aussi innovant. Les actions de lutte contre l’épidémie ont mis du temps à démarrer et les précédents présidents n’ont pas toujours eu une réponse suffisante et appropriée.
Malgré tout, principalement en ce qui concerne la question des traitements pour les malades, la société civile sud-africaine fut exemplaire car elle a aidé à hisser ce débat jusqu’au niveau mondial et mis la pression sur ses politiques pour faire avancer les choses. La réduction des prix du traitement antisida et son accessibilité à plus d’un million de personnes en Afrique du Sud, en 2009, n’auraient pas été possible sans elle.
Et après ?
Ainsi, la question du VIH/Sida fait réellement partie de l’événement que représente cette Coupe de football. Si les objectifs visés par la campagne de prévention atteignent leurs buts, cela permettra à l’Afrique du Sud de diviser par deux, le nombre de nouvelles infections en 2011. Mais l’Afrique du Sud aura-t-elle les moyens d’offrir un traitement de qualité à tous les nouveaux malades dépistés ?
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